La coccinelle « Fusca » : une institution au Brésil

Publié le:10-01-2019

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(Mis à jour le: 23 mars 2019)
La coccinelle « Fusca » : une institution au Brésil
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« Fusca » c’est le nom que les Brésiliens ont choisi pour rebaptiser, dans un terme qui leur est plus facilement prononçable, la voiture Coccinelle de Wolkswagen. Produite pour la première fois en Allemagne, cette automobile partage une histoire longue de plus de 50 ans avec les Brésil. Comment est-elle arrivée dans ce pays-continent et quel lien relie les deux ?

Les premiers pas de la Coccinelle

coccinelle Brésil

La coccinelle, que mes concitoyens et moi appelons affectueusement la « Cox », figure parmi les voitures les plus vendues à travers le monde. Elle a vu le jour, peu avant la Deuxième Guerre Mondiale en Allemagne grâce à Hitler lui-même, bien que le design un peu glamour du véhicule ne cadre pas vraiment avec le fort tempérament du personnage.

Quoi qu’il en soit, quand ce dernier accède à la tête du pays en 1933, il émet le souhait de faire de l’industrie automobile le symbole de la puissance allemande ainsi que l’une des forces de sa politique. En 1934, alors qu’il assistait au Salon International de l’automobile à Genève, il déclare son souhait de fabriquer une « voiture du peuple », terme qui signifie « Wolkswagen » dans sa langue natale qu’est l’allemand.

A la même époque, un ingénieur Autrichien du nom de Ferdinand Porsche est sur un projet similaire. Ce dernier, ayant récemment démissionné de chez Daimler, travaillait effectivement sur un projet pour la conception d’une voiture accessible au plus grand nombre.

Comme leurs idées se rejoignaient, l’ingénieur le propose au Fürher qui, avec le syndicat allemand de la construction automobile, accorda le financement nécessaire pour la réalisation d’un premier prototype.

La coccinelle, la « voiture du peuple »

Avant sa conception matérielle, l’ingénieur et Hitler ont établi un cahier de charge spécifique pour la construction du « Wolkswagen ». Ce dernier devait répondre aux critères suivants :

  • Etre robuste pour pouvoir résister aux intempéries
  • Avoir la capacité de transporter quatre personnes adultes avec leurs bagages
  • Pouvoir rouler, à plein chargement, à une vitesse de 100 km/h
  • Pouvoir rouler à 100 km/h sans consommer plus de 7 l de carburant aux 100 km
  • Coûter aux environs de 1 000 marks

Tous ces points déterminés, la conception a débuté pour sortir, en 1938, un premier modèle baptisé « Kraft durch Freude » signifiant «  la force par la joie ». La présentation du véhicule au public s’est tenue à l’occasion de la pose de la première pierre de l’usine de Wolfsburg en Basse-Saxe par Hitler.

Les paris imposés par le cahier de charge ont été remportés et le premier prototype conçu pesait 750 kg et se dotait d’un moteur à quatre cylindres à plat pouvant développer une puissance de 24 cv. Le moteur était, à cette époque, situé à l’arrière du véhicule.

La coccinelle durant la guerre et l’après-guerre

Alors que la coccinelle commençait à se faire une petite réputation auprès du public, la Seconde Guerre Mondiale mit un terme à ce début de renommée. L’usine chargée de sa production a été réquisitionné pour concevoir des véhicules militaires ainsi qu’une autre version de la Coccinelle qui fut mobilisée au front.

Quand la guerre se termine, l’usine est presque entièrement saccagée. Le Royal Electrical and Mechanical Engineers ainsi que les forces d’occupation britanniques décidèrent alors de la remettre en état sans oublier les machines endommagées. C’est dans ce contexte que le Major Yvan Hirst qui mène cette opération de reconstruction, découvre une petite voiture au design un peu drôle avec ses belles courbes généreuses. Séduit par le modèle, il décide d’en relancer la production.

Dès 1948, près de 25 000 unités durent produites.

La coccinelle à travers le monde

 

La coccinelle

En 1949, un dénommé Heinrich Nordhoff prend la tête de Wolkswagen. Ce dernier réussit à donner une envergure internationale aux activités de l’usine et bientôt, la coccinelle s’exporte à travers le monde. Les Etats-Unis, qui étaient en plein boom économique, furent ses premiers clients.

Son lancement dans le monde ne se limite toutefois pas là, car dès 1951, la « Cox » est vendue dans près d’une trentaine de pays. Cette année-là, sa production dépasse les 250 000 exemplaires et dès 1955, la production atteint le million d’exemplaires.

La notoriété de la Coccinelle était telle qu’elle devient la star du film intitulé « Un amour de Coccinelle ». Le succès du film au sein duquel on voit la coccinelle rouler sur les circuits de Monte-Carlo, renforce encore plus sa notoriété.

En 1972, ses ventes battent le record de l’Américaine Ford T.

La coccinelle débarque au Brésil

Au cours de sa conquête du monde, la coccinelle n’oublie pas de passer par le Brésil. Elle y débarque au cours des années 50 et y rencontre d’emblée un franc succès. Sa notoriété est telle qu’Heinrich Nordhoff décide d’y ouvrir une usine en 1953. Cette dernière fut, initialement installée à São Bernardo dos Campos dans l’Etat de São Paulo.

Entre 1953 jusqu’en 1959, cette usine se contentait d’assembler les véhicules avec des pièces importées d’Allemagne. En 1959, elle commence à fabriquer entièrement les voitures sur place au grand bonheur du gouvernement et des habitants.

Du côté des consommateurs, cette voiture allemande était une véritable aubaine. Non seulement, elle était robuste, mais était également vendue à des prix à la portée des Brésiliens. Et en cas de panne, il était relativement simple de la réparer. En bref, elle représentait un rêve accessible pour bon nombre de Brésiliens.

De Wolkswagen à Fusca

Comment le nom Wolkswagen est-il devenu Fusca ?

Je vous l’accorde, les deux n’ont rien à voir, mais dans la langue portugaise, ils sont assez proches.

A son arrivée au Brésil, les locaux ont essayé, tant bien que mal, de s’adapter au nom allemand de cette nouvelle voiture. Pour eux, le mot Wolkswagen se lisait « Folquisvaguen ». Malgré cette « portugaisation » du terme, ils avaient encore du mal à lire ce nom et l’ont abrégé en « Fulque ». Au fil du nom, « Fulque » devient « Fulca » pour finalement devenir « Fusca » qui sonnait plus portugais.

Depuis, les Brésiliens utilisent cette appellation pour indiquer ce que nous autres nous appelons Coccinelle ou Cox.

Déclin au bout de 20 ans

Pendant plus de 20 ans, la « Fusca » roule sur toutes les routes du Brésil et devient la voiture la plus populaire du pays.

En 1974 toutefois, l’Allemagne décide d’arrêter sa production, car trouvait qu’elle était devenue un modèle obsolète ne répondant plus aux normes de sécurité en vigueur. Elle préféra se concentrer sur un nouveau projet : la production d’une voiture plus moderne, plus sécurisante et plus puissante, la Golf.

Au Brésil toutefois, les ventes continuent d’adopter une belle dynamique jusqu’à totalement décliner en 1986. Rassurez-vous, la « Fusca » n’a pas pour autant fini de faire parler d’elle, car en 1993, le président Itamar Franco lance un nouveau programme dédié aux « voitures populaires ». Cela a permis à l’usine de se relever surtout que le gouvernement en place a établi des taxes d’importation pour l’entrée au pays des voitures étrangères.

Malheureusement, malgré cette mesure de taxation, la Fusca n’était plus aussi unique qu’avant, car elle devait se partager le marché avec des voitures étrangères. Ces dernières ont inondé le marché et le fait qu’elles soient équipées de technologies plus modernes jouait en leur faveur.

Après son relancement en 1993, la Fusca retomba dans l’oubli en 1996. Deux ans plus tard, une version plus moderne est lancée sur le marché à savoir la New Beetle.

Cette dernière reprend les mêmes lignes généreuses que la Fusca, mais avec une mécanique, une suspension, et un châssis plus évolués repris sur la 4e génération de la Golf. Malgré cette revisite, la Beetle ne connaît pas le succès de son ancêtre, car alors que la coccinelle se veut être une voiture populaire et accessible au grand nombre, la Beetle s’affiche comme une voiture de luxe vendue au prix fort.

Oubliée, mais toujours très prisée

 

Coccinelle

Aujourd’hui, même si de nombreux modèles de voitures ultra-modernes roulent au Brésil, la « Fusca » y reste une véritable institution. Elle est aujourd’hui considérée comme une voiture de collection et une association s’est même érigée pour continuer à faire vivre cette légende. L’association Fusca Clube do Brasil compte plus de 15 000 adhérents ce qui prouve que même si la Fusca est devenue obsolète, certains continuent encore à la chérir et à rouler avec de temps en temps.

Bien qu’étant une institution au Brésil, rencontrer la Fusca sur les routes devient rare. On en trouve néanmoins plusieurs modèles encore opérationnels dans l’Etat du Minas Gerais.

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