Brésil : les JO laissent place à une crise sans précédent

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Alors que les athlètes sortis victorieux des Jeux Olympiques et des Jeux paralympiques de Rio de Janeiro savourent encore leur médaille dorée, le Brésil lui, s’enlise. En effet, malgré l’euphorie des jeux, le pays a dû se réveiller et dur a été ce réveil. Les spectateurs et les athlètes partis, la population doit désormais faire face à une énorme crise sans précédent.

Itaborai, une ville fantôme

Lorsqu’on voit au loin les reliefs construits pour la raffinerie d’Itaborai, on doit se pincer deux fois pour croire qu’ils sont réels. Une visite de la ville semble encore plus irréelle tant le secteur est désert. Pourtant, le projet, inauguré en 2006 par Dilma Rousseff était tellement prometteur puisqu’il devait tout de même s’agir du plus grand complexe pétrochimique de toute l’Amérique du Sud. Un rêve trop ambitieux semble-t-il, puisque même minime, Itaborai n’a rien d’un complexe pétrolier. Elle ressemble plus à une ville fantôme avec ses bâtiments désespérément vides et un vaste chantier à l’abandon.

Le projet annoncé en 2006 était baptisé Comperj et fait suite à la découverte d’importants champs pétrolifères au large de Rio de Janeiro. Pour les exploiter, Comperj projetait la construction de deux raffineries, d’une unité de traitement de gaz et d’une usine de plastique. L’investissement était estimé à 8, 3 milliards de dollars. Dans cette première euphorie, les responsables ont annoncé la création de plus de 200 000 emplois, une excellente nouvelle pour la population.

Dix ans plus tard, le beau projet est devenu cauchemardesque :

  • sur les deux raffineries évoquées, la première n’est pas encore achevée tandis que la seconde n’a même pas été commencée
  • les 32 000 ouvriers recrutés dans un premier temps ainsi que les sous-traitants sont rentrés chez eux : on ne compte plus qu’une centaine d’ouvriers sur le chantier pour assurer l’entretien du site
  • des tags rageurs recouvrent les nouveaux bâtiments édifiés dont une grande majorité n’a jamais été achevé
  • les immeubles sont vides et on voit un peu partout des pancartes affichants « Aluga » ou « à louer »
  • les rues sont vides malgré la présence d’un centre commercial tout neuf, lui aussi totalement vide à part un bureau de consultants qui peine à trouver des clients

Bref, Itaborai, la ville prometteuse n’est plus que l’ombre d’elle-même et pour causes : la chute des cours du pétrole et la gigantesque affaire de corruption de Petrobras qui a des répercussions sur tout le pays.

Petrobras

Les années fastes sont loin derrière

Si les Brésiliens ont espéré que les recettes issues des JO les aideraient à sortir du gouffre, et bien ils se sont trompés. En effet, combien même cet évènement a été fructueux, les sommes amassées sont minimes devant les dettes du Brésil, lequel a pourtant connu une période prospère il y a seulement six années de cela.

En 2010, le taux de croissance a atteint les 7, 5 %. Une richesse qui a permis au pays de sortir plus de 40 millions de citoyens de la pauvreté et d’élargir l’accès aux universités. C’est ainsi que les femmes et les personnes à la peau foncée ont pu aller à l’université.

Malheureusement, ce faste n’est plus qu’un lointain souvenir puisque le PIB a chuté à 3, 8 % en 2015 tandis que le secteur tertiaire et les industries affichent respectivement un recul de 2, 7 % et de 6, 7 %. Pour 2016, les choses ne semblent pas s’améliorer puisqu’on enregistre depuis le début de l’année une nouvelle chute de 4 %.

Le chômage a, quant à lui, grimpé de 10 %, de nombreux investisseurs ont déserté le pays, le real a perdu le tiers de sa valeur, le prix du baril de pétrole stagne en dessous des 50 dollars, les cours des matières premières ont baissé et la présidente Dilma Rousseff est en pleine procédure de destitution.

Petrobras, la cause de la crise

L’affaire de corruption de Petrobras est effectivement une des causes majeures de la crise. Rappelons qu’entre 2004 à 2014, environ trois milliards de l’argent public a été détourné par des députés proches du pouvoir. Malgré l’ampleur de ce vol, Dilma Rousseff persiste à dire qu’elle n’en savait rien même si entre 2003 à 2005, elle était la Ministre de l’Energie du pays ainsi que la présidente du conseil d’administration de Petrobras entre 2003 à 2010. Malgré les soupçons, il semble qu’elle ait dit vrai puisqu’elle est la seule à ne pas s’être enrichie durant cette affaire de corruption. Quoi qu’il en soit, elle a quelques responsabilités dans la chute de la major brésilienne.

Dilma Rousseff et Lula

Dilma Rousseff est une militante d’extrême gauche qui a été placée au pouvoir par le président chéri des Brésiliens, Lula. Elle est élue pour la première fois en 2010 puis en 2014. Femme autoritaire et peu diplomate, elle a réussi a s’attirer les foudres d’une partie de la population, de ses alliés politiques et de la communauté financière d’où sa destitution. On l’accuse d’avoir maquillé les comptes publics. Elle est aujourd’hui remplacée, de manière temporaire par Michel Temer.

En ce qui concerne ses parts de responsabilités dans la crise de Petrobras, c’est à elle que la firme doit son endettement important, entraînant dans sa chute tout le pays. Dans les années 90, elle a conseillé à Petrobras de financer elle-même ses plateformes offshore et ses navires au lieu de faire appel à des capitaux étrangers ce qui a engendré des surcoûts conséquents. Elle a ensuite préféré subventionner l’essence au lieu des biocarburants ce qui a favorisé la crise de la filière nationale de l’éthanol qui se portait pourtant très bien. On ne peut donc la dégager de toutes responsabilités quant au fort endettement de l’entreprise qui se chiffre actuellement à 130 milliards de dollars dont 10 milliards doivent être remboursés dans les douze prochains mois. Comment ? On l’ignore encore.

Face à cette crise, le groupe pétrolier a dû réduire ses investissements ce qui a entraîné la faillite de nombreux de ses sous-traitants. En 2013, l’investissement s’élevait à 20, 2 % contre 18, 2 % en 2015.

Le concept du « too big to fail »

Pour l’ancienne présidente, la solution repose sur le concept du « too big to fail » signifiant « trop grande pour faire faillite ». À l’entendre, les dettes du Brésil ne sont pas aussi importantes que celles de nombreux pays européens donc il n’y a aucune raison qu’il ne s’en sorte pas. Il suffirait, selon elle, de réduire les dépenses et de créer des impôts.

Cela pourrait s’avérer efficace, mais il ne faut pas oublier le marché financier qui est très cher au pays du footbal. D’une part, les investissements financiers n’y sont pas à long terme et d’autre part, les emprunts y sont proposés à taux très élevés.

Pour essayer de redresser la barre, le gouvernement a d’ores et déjà promis des garanties importantes (52 % du PIB) aux entreprises publiques pour éviter qu’elles ne fassent faillite. Il devient également urgent de renflouer les caisses de Petrobras, mais comment faire au juste pour d’abord se débarrasser de ses dettes ? La création d’impôts semble impossible dans le contexte actuel puisque les prélèvements fiscaux sont tout de même déjà importants à raison de 33, 3 % du PIB en 2015.

Des prévisions alarmantes

Pour résumer cette crise catastrophique, voici les chiffres à retenir :

  • 10, 5 % : le taux de chômage estimé pour la fin de l’année 2016
  • 75, 6 % : le poids de la dette sur le PIB à la fin de l’année 2016

Les mois et années à venir promettent d’être sombres pour le Brésil et ce, même si de nouvelles réformes sont adoptées rapidement.

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