Colombie – otages : Clara et Consuelo libérées. Pour Ingrid Betancourt, faudra-t-il démilitariser?

Publié le:15-01-2008

Actualités de l'amérique du sud

(Mis à jour le: 8 janvier 2015)
Colombie – otages : Clara et Consuelo libérées. Pour Ingrid Betancourt, faudra-t-il démilitariser?
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clara-rojas-ingridBOGOTA / CARACAS, vendredi 11 janvier 2008 (LatinReporters.com) – Libérées? Certes. Mais, le 10 janvier, les Colombiennes Clara Rojas et Consuelo Gonzalez de Perdomo ont aussi été offertes sur le marché médiatico-politique par les guérilleros marxistes des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à leur allié Hugo Chavez, président du Venezuela, pour améliorer sa santé politique. Le groupe terroriste détient encore 774 otages, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt. Leur libération doit-elle passer par la démilitarisation territoriale exigée par les FARC?

 

Humainement, l’événement est considérable. Clara Rojas, avocate de 44 ans, était séquestrée depuis le 23 février 2002 et l’ex-parlementaire Consuelo Gonzalez, 57 ans, depuis le 10 septembre 2001. « Bienvenues à la vie » leur a dit Hugo Chavez par téléphone satellitaire avant que les deux otages, amenées par des guérilleros dans une clairière de la jungle du département colombien du Guaviare, ne montent dans deux hélicoptères vénézuéliens frappés de l’emblème de la Croix-Rouge internationale. TeleSur, créée par Chavez pour contrer l’américaine CNN, retransmettait en direct.

Appuyant l’opération humanitaire, Alvaro Uribe, président conservateur de la Colombie, avait ordonné à son armée de suspendre les combats. Jeudi après-midi, les deux femmes arrivaient au Venezuela. Elles retrouvaient avec émotion leurs proches sur l’aéroport de Caracas, toujours sous l’oeil de TeleSur. Hugo Chavez les recevait ensuite au palais présidentiel de Miraflores.

Clara Rojas est doublement célèbre. D’abord pour avoir été enlevée avec Ingrid Betancourt. Lorsqu’elles furent kidnappées en 2002 sur une route du sud colombien, les deux femmes étaient en campagne électorale pour l’élection présidentielle. Candidates du parti écologiste Oxigeno Verde (Oxygène
Vert), Ingrid briguait la présidence du pays et Clara la vice-présidence.
Clara Rojas est en outre la mère du petit Emmanuel, conçu en captivité avec un guérillero.

Fin décembre dernier, l’ex-président argentin Nestor Kirchner et les autres membres d’une délégation internationale de sept pays (Argentine, Bolivie, Brésil, Cuba, Equateur, France, Suisse) devaient déjà, en collaboration avec la Colombie et le Venezuela, avaliser et garantir la libération par les FARC de Consuelo Gonzalez, Clara Rojas et son fils Emmanuel. La guérilla offrait cette libération en guise de « réparation morale » (« desagravio ») à Hugo Chavez.

Le président vénézuélien venait en effet de subir une série de revers médiatiques et politiques. Le désormais célèbre « Pourquoi tu ne te tais pas? », devenu slogan vedette de l’opposition vénézuélienne, lui était lancé le 10 novembre par le roi Juan Carlos d’Espagne au sommet ibéro-américain
de Santiago du Chili. Onze jours plus tard, Hugo Chavez, furieux, était sèchement révoqué par le président colombien de son mandat officiel de médiateur avec les FARC. Enfin et surtout, le bouillant vénézuélien subissait sa première défaite électorale en neuf ans de pouvoir, au référendum
du 2 décembre sur son projet de réforme socialiste de la Constitution.
Cet échec l’empêchera théoriquement de briguer un nouveau mandat à l’élection présidentielle de décembre 2012.

 

Clara Rojas: « Je suis en vie pour Emmanuel »

Le 31 décembre, la guérilla annulait la triple libération attendue sous prétexte d’attaques de l’armée colombienne. Le président Alvaro Uribe révélait alors la véritable raison de ce fiasco: la guérilla n’avait plus en son pouvoir le petit Emmanuel, pris en charge à Bogota par l’Institut colombien du bien-être familial après divers rebondissements illustrant à la fois la cruauté et la désorganisation des FARC.

« Je suis en vie pour Emmanuel et pour la très Sainte Vierge qui nous a protégés » a déclaré Clara Rojas aux côtés de sa mère qui l’accueillait jeudi à Caracas. Clara est pressée de revoir enfin son fils pour la première fois depuis que les FARC le lui ont arraché lorsqu’il avait à peine huit mois. Il a aujourd’hui trois ans et demi. Elle n’a aucune nouvelle du guérillero qui est le père de l’enfant. Clara Rojas a aussi précisé que ses geôliers l’avaient séparée d’Ingrid Betancourt il y a trois ans après plus de deux ans de détention commune. « Ingrid avait fait un petit vêtement pour l’enfant » révèle-t-elle.

Les deux otages libérées vont incessamment regagner la Colombie, mais les dividendes politico-médiatiques sont engrangés au Venezuela. Hugo Chavez est applaudi par Clara Rojas, Consuelo Gonzalez et leur famille, ainsi que par la communauté internationale, dont l’Union européenne, l’Organisation des Etats américains, la France et même les Etats-Unis. « Cela nous engage à redoubler d’efforts pour faire rentrer les autres otages, au premier rang desquels notre compatriote Ingrid Betancourt » a déclaré le président français Nicolas Sarkozy. « Nous saluons les bons offices de quiconque puisse contribuer [à assurer la libération d’otages] en collaboration avec le gouvernement colombien » a indiqué pour sa part à Washington Tom Casey, l’un des porte-parole du département d’Etat. Trois Américains sont otages des FARC depuis février 2003.

Deux réactions, celles d’Amnesty International et du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ont la dignité de rappeler aux FARC que la prise d’otages est « une violation flagrante du droit humanitaire international ». « Elle peut constituer un crime de guerre » précise Amnesty, qui réclame la libération sans condition de tous les civils séquestrés.

En Colombie, le président Alvaro Uribe a lui aussi remercié Hugo Chavez d’avoir contribué « avec efficacité » à la libération des deux femmes. Après avoir souligné que « 750 compatriotes séquestrés par les FARC ne sont pas revenus » (774 selon le décompte de l’influent quotidien de Bogota El Tiempo), le chef de l’Etat colombien a affirmé que son gouvernement « est prêt pour la paix » et qu’est toujours valable sa proposition d’une « zone de rencontre » faite à la guérilla sur la base d’une idée de l’épiscopat colombien.

La démilitarisation exigée par les FARC est unilatérale

Pour aboutir à un échange humanitaire d’une quarantaine d’otages dits politiques des FARC, dont Ingrid Betancourt, contre les quelque 500 guérilleros emprisonnés, Alvaro Uribe proposait le 7 décembre dernier à la guérilla de définir avec l’Eglise une « zone de rencontre » d’un maximum de 150 km². « De préférence sans population civile ou avec une population très réduite », sans installations policières ni militaires, cette zone accueillerait des négociateurs non armés des deux camps qui auraient trente jours pour concrétiser l’accord humanitaire en présence d’observateurs internationaux.

Les FARC ont rejeté cette « zone de rencontre » et réitéré leur exigence d’une démilitarisation pendant 45 jours des municipalités de Florida et Pradera pour y négocier l’échange humanitaire. Florida et Pradera, dans le sud-ouest colombien, s’étendent sur 800 km². Elles comptent ensemble plus de 110.000 habitants et abritent des postes de l’armée et de la police. En outre, la démilitarisation envisagée par les FARC est unilatérale, ne devant concerner, selon les rebelles, que les policiers et militaires, mais non les guérilleros. Une importante population se retrouverait donc à la merci des seuls insurgés.

Le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, estime que la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzalez « démontre qu’aucune démilitarisation n’est nécessaire pour libérer les séquestrés. Il suffit seulement de bonne volonté ». Sans le vouloir, le président vénézuélien Hugo Chavez lui donne implicitement raison lorsqu’il s’offre pour tenter de réaliser d’autres opérations du même type et, au-delà, d’apparaître comme un pacificateur régional en tentant de trouver une solution au conflit colombien vieux de plus de 40 ans. Le président Chavez incite même les FARC à envisager d’abandonner les armes pour un combat de gauche strictement politique.

Le gouvernement d’Alvaro Uribe soupçonne que la guérilla, en réclamant l’échange humanitaire lié à une démilitarisation unilatérale, cherche moins à obtenir la libération de guérilleros prisonniers que des avantages stratégiques. Florida et Pradera ne sont qu’à 30 km de Cali, troisième ville de Colombie avec plus de deux millions d’habitants. Laisser les FARC concentrer des forces pendant 45 jours au portes de cette ville risque de la mettre en danger. Le port le plus important de la côte pacifique de la Colombie, Buenaventura, n’est qu’à 145 km de Cali. Il traite 60% des exportations colombiennes et est un poumon essentiel de l’approvisionnement de Bogota.

 

Source Latinreporters.com 

 

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