Les mystères du Candomblé

 

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Les mystères du Candomblé

Découvrir le Brésil, c’est aussi découvrir les traditions de ses habitants. Et en termes de traditions, les Brésiliens en ont beaucoup, chaque région ou ville ayant parfois sa culture typique. Dans une vue globale, la culture brésilienne est prédominée par le football, la musique et la danse, les festivités en tout genre et la religion. La majorité des locaux sont chrétiens. Ils se divisent principalement entre le catholicisme et le protestantisme, mais aux côtés de ces religions principales, on en trouve d’autres. Le candomblé en fait partie.

Qu’est-ce que le candomblé ?

Qu'est-ce que le candomblé ?

C’est l’une des croyances les plus populaires au Brésil. Bien qu’il soit aussi pratiqué dans d’autres pays de l’Amérique du Sud comme le Venezuela, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, c’est au Brésil qu’il est le plus populaire. Selon le dernier recensement réalisé, plus d’1,5% de la population brésilienne le pratique.

Le candomblé est une religion héritée des esclaves et donc importée d’Afrique. Rappelons qu’entre 1549 et 1888, le Brésil et plus précisément l’Etat de Bahia, a été une plaque tournante de la traite des noirs. C’est là que les navires débarquaient les hommes et femmes capturés en Afrique pour travailler dans les vastes exploitations des colons Portugais.

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Une fois vendus à leurs nouveaux maîtres, les esclaves menaient une vie dure et amère. Ils vivaient entassés dans des sortes d’enclos et étaient sévèrement punis en cas de non-respect des règles. Pour combattre leur peur, ils s’accrochaient à leurs traditions ancestrales dont leurs chants, leur danse et leur religion. Leur pratique était toutefois interdite et lui vinrent alors l’idée de les déguiser sous des activités tolérées par leurs propriétaires.

C’est ainsi que leur technique de lutte fut déguisée sous forme de danse, la capoeira et que leur religion ancestrale fut dissimulée sous une fausse adoration du catholicisme. Notez que c’est justement durant la colonisation que les missionnaires catholiques ont essayé de convertir les esclaves au catholicisme. Pour ces derniers, il était donc facile de faire semblant de pratiquer la nouvelle religion des maîtres tout en conservant les principes profonds de la leur.

C’est ainsi qu’ils ont commencé à identifier leurs dieux, les orixas, aux différents saints catholiques. Au fil des ans, le catholicisme et le culte des ancêtres Africains finirent par se mélanger pour donner naissance au syncrétisme et donc au candomblé.

Le candomblé, une religion syncrétique

Le candomblé, une religion syncrétique

Comme on vient de le dire, il provient essentiellement de la fusion du catholicisme aux religions africaines, et plus précisément de celle pratiquée à l’ethnie Yoruba.

Il faut savoir que les esclaves importés au Brésil étaient issus de différentes ethnies africaines. Chacune d’elle avait leur propre religion. Les maîtres avaient toutefois une préférence pour les Yorubas pour diverses qualités dont ils faisaient preuve. Petit à petit, ils ont fini par gagner du galon par rapport aux autres ethnies et c’est ainsi que leur religion a aussi fini par prendre le dessus sur toutes les autres.

Le Candomblé : réprimé puis toléré

A leur arrivée, chaque ethnie avait pris l’habitude de pratiquer leurs coutumes à l’insu de leurs maîtres. Ces derniers ont toutefois fini par comprendre le pot-aux-roses, mais sachant qu’ils avaient besoin de ces hommes pour travailler dans leurs champs, ils se montraient parfois tolérants. C’est ainsi que petit à petit, le candomblé s’est développé jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1888.

Même après avoir recouvert la liberté, les anciens esclaves n’ont toutefois pas pu pratiquer librement leur religion. L’Eglise catholique romaine l’a prohibé considérant que les esclaves ont totalement déformé leurs enseignements tandis que le gouvernement, alors sous la dictature l’a combattu jusqu’en 1984.

Une certaine reconnaissance a fini par s’installer par la suite et de nos jours, le gouvernement brésilien verse même des subventions à certaines « terreiros ». Le Candomblé a fini par devenir une religion syncrétique protégée, surtout pratiquée à Salvador de Bahia, capitale de l’Etat de Bahia.

Le candomblé, une religion monothéiste

Quand on assiste aux cultes du candomblé, on voit que les pratiquants vénèrent plusieurs orixas. Il faut pourtant savoir que c’est une religion monothéiste avec un seul Dieu et plusieurs divinités à son service.

Quand les esclaves ont commencé à associer leur religion à celle des catholiques, ils ont vu en Jésus-Christ leur dieu Oxala, fils du dieu suprême, Olorum. Au service de cet unique dieu se trouve ensuite d’autres divinités comme Omulu ou Obaluiae, représentant Saint Lazare.

Les cultes du candomblé

Les cultes du Candomblé

Les cultes ont lieu dans des lieux cultuels que l’on appelle « terreiros » ou maison du candomblé. En en trouve beaucoup au Brésil, mais Salvador est celle qui en compte le plus : environ 2 230 maisons s’y côtoient. Le rituel le plus emblématique qui y a lieu est celui du lavage de l’Eglise de Nosso Senhor de Bonfim qui se déroule après l’épiphanie. Cet évènement donne lieu à de grandes festivités durant lesquelles les femmes habillées en blanc lavent les marches des escaliers de cette église pour rendre hommage à Jésus Oxala comme les rois mages viennent de le faire à l’épiphanie. Précisons que les rituels ont lieu devant l’église qui affiche porte close, le syncrétisme ne devant pas être mélangé au christianisme.

A part cette tradition devenue populaire, les cultes se déroulent souvent de la même manière. De la musique, de la danse et une grande fête sont organisées dans le terreiro et les pratiquants invitent, tour à tour, les orixas à venir les rejoindre à l’intérieur. Chaque divinité est accueillie avec des offrandes, des danses spéciales et des cantiques. Ces dernières varient en fonction de chaque dieu appelé puisque les croyants pensent que chaque divinité a sa nourriture préférée, sa couleur préférée, ses objets préférés … et on attribue même une force de la nature à chacun d’eux (eau, foudre, air, éclair …).

Durant les cérémonies rituelles, le dieu Exu est toujours appelé en premier. C’est celui qui ouvre les barrières et qui ferme et ouvre les chemins. C’est pour cela qu’il doit être salué en premier. En offrande, on lui offre souvent de la pinga, mot argot qui désigne la cachaça. Il est aussi très friand de la farofa de dendê. Les croyants pensent que lorsqu’on le vénère bien, il se montre gentil et prévenant. Par contre, s’il se met en colère, il entraîne toutes sortes de catastrophes comme les démêlées avec la justice, les maux de tête et maladies du foie, … ses couleurs représentatives sont le noir et le rouge.

L’appel de chaque divinité donne lieu à des chants et danses et parfois, certains pratiquants entrent en transe et deviennent des « Iaô », intermédiaires entre les dieux et les hommes.

Les autres orixas

Une fois Exu appelé, les autres divinités sont invoquées à leur tour. Le candomblé en compte plusieurs, mais les plus vénérés à part ceux déjà cités sont :

  • Ogum: dieu de l’agriculture, de la guerre et de la chasse. C’est le représentant de Saint Antoine chez les catholiques. Sa couleur est le bleu marine et en nourriture, il adore le maïs, la cara, les chiens et les racines coques.
  • Omulu: dieu de la terre, de la santé et de la maladie. Il est associé, comme dit plus haut, à Saint Lazare. Ses couleurs sont le noir, le rouge et le blanc. Il adore l’huile de dendê.
  • Iansã: déesse des tempêtes et des vents, elle est associée à Sainte Barbe. Ses couleurs sont le rouge et le brun. Sa nourriture préférée : les légumes rouges et les verdures.
  • Oxossi: dieu de la chasse et des animaux, de l’alimentation et de l’abondance. Il est associé à saint Sébastien. Ses couleurs sont le vert et le bleu. Il adore les fruits, le maïs vert et les racines.
  • Xangô: dieu du feu, de la foudre, des tonnerres et de la justice, il est associé à Saint Jérôme ou Saint Jean-Baptiste. Ses couleurs sont le blanc et le rouge. Il est très friand de tortues, de mouton et de Quiabo gombo.
  • Oxum: déesse des eaux de rivières et de la beauté. Sa couleur préférée est le jaune et elle est souvent associée à Nossa Senhora das Candeias dans la religion catholique.
  • Oxala: dieu de la vie et de la paix. Sa couleur est le blanc. Il est associé à Jésus ou à Senhor do Bonfim, très vénéré à Salvador de Bahia.
  • Nanãou Anamburucu : déesse de la boue, matière première des hommes et aussi de la mort.
  • Iemanja: déesse de la mer, de la pêche, des familles et des enfants. Ses couleurs sont le bleur clair, le rose clair et le blanc. Elle est associée à Notre-Dame du Rosaire.

Découvrez la fête de Iemanja

La hiérarchie dans les terreiros

La hiérarchie dans le Candomblé

Comme dans toute institution religieuse, une certaine hiérarchie régit chaque les terreiros. On compte en tout sept grades ou degrés à savoir :

  • Babalorixa ou Lalorixa: c’est le personnage le plus élevé dans la hiérarchie du candomblé. Il ou elle est à la tête du terreiro et est le seul habilité à prendre des décisions.
  • Baba-quequerê ou laquequerê: il assiste le babalorixa et veille à ce que le terreiro fonctionne bien.
  • Ialaxé: c’est le responsable des offrandes que l’on donne aux divinités. Il doit parfaitement connaître les différents orixas pour déterminer qui aime quoi.
  • Iabassê ou agibonâ: on parle de Iabassé lorsque le pratiquant n’a pas été reconnu filho-de-santo. Il se charge alors des préparations culinaires. Et on parle d’agibonâ lorsque la reconnaissance a été faite. Il intègre alors le terreiro et va s’occuper des futurs filhos-de-santo.
  • Ebîmo: ce titre est accordé aux filhos-de-santo au bout de sept ans de devoir et d’obligations. Avant cela, il doivent passer sept ans à porter uniquement du blanc, à s’asseoir seulement au sol et à manger avec les mains.
  • Iaô: quand un pratiquant entre en transe, il manifeste des spasmes ou des sursauts violents. Le babalorixa va alors essayé d’identifier l’orixa qui est entré en lui. S’il reconnaît l’orixa, le pratiquant devient filho-de-santo et plus tard agibôna. Si l’orixa n’est pas reconnu, il deviendra Iabassê.
  • Abiâ: ce sont les novices qui souhaitent pratiquer le candomblé et les nouveau-nés. Ils doivent encore être baptisés puis suivre une initiation pour déterminer son orixa.

Témoignage d’une Française, convertie au Candomblé

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Installée depuis plus de 40 ans à Rio, une sociologue française et prêtresse du Candomblé, Gisèle Cossard, vient de publier un livre pour expliquer les rituels de cette religion introduite au Brésil par les esclaves originaires d’Afrique de l’Ouest au XVIème siècle.

« J’ai voulu, à la fin de ma vie, raconter mon expérience, expliquer les fondements et les rituels du Candomblé, le rôle d’une mère de saint, comment on ouvre un +terreiro+ et comment on prépare les initiés à recevoir les orixas pendant la transe », poursuit Gisèle « Omindarewa » (Belles Eaux).

En 1970, elle avait déjà publié une thèse de doctorat à la Sorbonne sous l’orientation du sociologue Roger Bastide, intitulée « Contribution à l’étude du Candomblé d’Angola ». « Je lui disais que je n’étais pas sociologue et il me répondait: écrivez, écrivez, vous en savez plus que moi! ».

Alors qu’elle assiste à un rituel du Candomblé en 1959 à Rio, où son mari travaille alors comme attaché culturel de l’ambassade de France, elle « entre en transe ». C’est alors qu’elle décide de connaître à fond cette religion « très structurée qui s’appuie sur les forces de la nature (l’eau, la mer, le feu, les métaux, les éclairs, le tonnerre etc..) et dont la philosophie est très développée ».

Sous l’influence de Pierre Verger (1902-1996), photographe et ethnologue installé à Salvador de Bahia depuis 1946, qui deviendra lui-même « babalao » (père des secrets du Candomblé ), elle finira par fonder son propre « terreiro » à Duque de Caxias, dans la banlieue nord de Rio.
Le « terreiro de la Française » attire des centaines de personnes quand retentissent les tam-tam, le jour de la cérémonie annuelle consacrée à Yémanja, l’orisha de la mer, en février.
Gisèle avait déjà vécu au Cameroun et au Tchad avant d’arriver au Brésil mais l’Afrique restait « mystérieuse » pour elle.

En savoir plus sur l’Etat de Bahia

« Il était difficile de comprendre le peuple. Au Brésil, cela a été plus facile grâce au métissage et au synchrétisme religieux. Je me suis tout de suite intégrée comme blanche au milieu des afro-brésiliens ».

Sa volonté de connaître les secrets du Candomblé était telle que Gisèle a tout fait « en cachette de son mari ». Elle divorce en 1963 quand il est transféré dans un autre pays. Elle n’a jamais regretté d’avoir consacré sa vie au Candomblé même si ses deux fils ne l’ont pas approuvée.

Plus de 400 ans après l’arrivée des premiers esclaves, certains rituels sont mieux préservés au Brésil qu’en Afrique mais l’essence de la religion –la transe– est la même, affirme Gisèle.
La transe est l’incorporation d’une force de la nature, selon un rituel très précis. Pendant la transe, l’un des innombrables orishas (Shango, Ogum, Yémanja, Oshossi, Iansan etc..) se manifeste.

« Cette force vient pour danser, transmettre les messages du divin et aider les hommes. Notre rôle est de découvrir quels sont les problèmes des personnes et comment on peut les aider au moyen d’offrandes aux orishas », explique-t-elle.

Malgré la concurrence récente d’innombrables églises d’inspiration protestante qui tentent de diaboliser les cultes d’origine africaine afin d’en récupérer les adeptes, le Candomblé continue à résister.

Mais la sociologue estime que ces églises représentent un danger par leur « prosélytisme et leur pompage d’argent » auprès des fidèles.

« Les évangélistes nient un grand pan de la culture brésilienne. En fait, ils sont racistes », conclut-elle, souhaitant que son livre aide à préserver les racines culturelles afro-brésiliennes.

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Comments (4)

  1. calvignac dit :

    candomblé
    bonjour,
    pourrai-je avoir la liste des orisha ainsi que les roles
    merci d’avance

  2. herve dit :

    Ca me laisse perplexe
    Ce genre de religion me laisse perplexe comme tout ce qui s’apparente à la magie si présente en afrique. Ayant cotoyé de nombreux marabouts senegalais j’en suis toujours arrivé à une conclusion de mystification. Sans d’ailleurs arriver a determiner si la tromperie est volontaire ou si le marabout « s’autotrompe »

  3. Catherine dit :

    Bonjour,
    Je souhaiterais acheter le livre de Gisèle COSSARD « awô » le mystère des orishas, pouvez vous me communiquer où dois je m adresser ?
    Merci

  4. twitter dit :

    Merci pour l’article

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