Mondial : l’évènement qui a signé la mort des Brésiliens

Publié le:21-06-2014

Coupe du monde Brésil 2014 |

(Mis à jour le: 13 février 2015)
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Le Mondial 2014 a débuté le 12 juin dernier au Brésil. Si pour le reste du monde, cet évènement tant attendu est une parenthèse de la vie quotidienne, pour les Brésiliens, notamment ceux qui vivent en favelas, la Coupe du Monde n’est que la signature de leur mort.

En effet, depuis que le Brésil a obtenu les contrats du Mondial de cette année et celle des JO de 2016, le gouvernement essaie par tous les moyens d’améliorer l’état général du pays et il n’y va pas de main morte.

Mondial : l’évènement qui a signé la mort des Brésiliens

Mondial : l’évènement qui a signé la mort des Brésiliens

Tous les moyens sont bons pour éradiquer la pauvreté et pour la police de l’UPP (unités de police pacificatrices), les ordres semblent être claires : tuer ceux qui gênent et manifestent contre leur expulsion.

Depuis l’année 2013, de nombreux habitants des favelas ont trouvé la mort, sauvagement tués à coup de balle par l’UPP. Des actes pour lesquels les habitants des favelas ont manifesté plusieurs fois, mais là encore, malheur à ceux qui osent élever la voix. Malheureusement pour la police, ces habitants torturés et menacés ont fini par faire entendre leur voix, mais bizarrement, aucune mesure contre eux n’a toujours pas été prise. Que vont donc devenir ces habitants des favelas du Brésil ?

 

Le nombre de morts ne cesse de s’accumuler

Le premier à avoir trouvé la mort dans cette guerre que l’UPP mène contre les habitants des favelas est Douglas Rafael da Silva Pereira, un jeune homme de 26 ans que son entourage appelle DG. Son corps a été retrouvé dans une crèche de la favela Pavão-Pavãozinho-Cantagalo qui se situe sur la colline surplombant Copacabana et Ipanema, les deux principaux quartiers touristiques du pays. DG était un danseur réputé du Brésil qui a notamment participé à de nombreuses émissions télévisées. Il a également tourné dans un court métrage intitulé « Made in Brazil » produit par le collectif Contraa parede en 201 ». Ce court métrage montre la réalité des jeunes des favelas et dans ce film qui ne dure que six minutes, DG montre son exécution par la police. Les habitants sont donc nombreux à penser que le film est finalement devenu réalité et d’ailleurs, de nombreux habitants de la favela affirment avoir vu la police sortir du lieu du crime. Lieu que la police aurait soigneusement nettoyé avant de partir selon la mère de DG, Maria de Fátima. Les habitants ont donc mené une manifestation le lendemain de la mort de DG et comme d’habitude, la police a vite fait de réprimer ce mouvement de protestation par balle. Un autre jeune de la favela a donc trouvé la mort à cause d’une balle dans la tête. Ce jeune de 27 ans s’appelle Edilson Silva dos Santos que l’on connaît aussi sous le nom de Mateuzinho.

À part eux, d’autres habitants des favelas ont aussi été assassinés par la police pacificatrice dont un jeune à peine âge de 20 ans et qui appartient à la favela Vila dos Pinheiros. La cause de son assassinat selon l’UPP : il aurait réagi lors d’un contrôle alors que les habitants ont affirmé que le jeune se rendait à son travail lorsqu’il a vu un homme courir. Paniqué, il se met lui aussi à courir et c’est pour cela que la police lui aurait tiré dessus. Quoi qu’il en soit, le jeune homme a été tué d’une balle et une fois de plus par l’UPP.

Il semble alors que la police ne veuille plus voir de personnes dans la rue et tire sur tous ceux qui osent sortir le bout de leur nez. Ce fut notamment le cas pour Terezinha Justino da Silva, une femme de 67 ans que la police a tuée trois jours après le jeune de 20 ans alors qu’elle sortait de la pharmacie. Une dizaine de jours plus tard, ce fut au tour d’Arlinda Bezerra das Chagas âgée de 72 ans d’être tuée par balles dans le complexe Alamão, un ensemble de favelas situé à proximité du Complexe de la Maré. Cette vieille dame a été tuée le 27 avril 2014 et les habitants les favelas n’ont plus voulu se taire. Ils ont donc mené une nouvelle manifestation plus forte cette fois, mais la police s’est vu prêter main forte par le Bope (bataillon d’opération spéciale qui agit dans les favelas).

Pendant les révoltes de l’été 2013, 13 personnes ont trouvé la mort dans le Complexe de la Maré dont un policier. La police pacificatrice a déclaré que les 12 personnes tuées faisaient partie du crime organisé, mais l’ONG « Observatoire des Favelas » a condamné leurs agissements pour violations de droits de l’Homme. Mais même cette accusation ne semble pas avoir touché la police qui reprend de plus belle leur méthode d’expulsion macabre.

Ainsi, le 14 juillet 2013, la police a séquestré Amarildo de Souza, un père de famille ayant 6 enfants et que l’UPP a détenu dans une maison face à la sienne dans la favela de Rocinha, la plus grande favela de la ville. Une campagne « Où est Amarildo » a vu le jour depuis cette séquestration et l’affaire a même connu des échelles nationales à l’époque. Cela ne semble toujours pas faire réagir le gouvernement qui reste de marbre et sourd face aux appels au secours des habitants des favelas ce qui donne le champ libre aux agents de l’UPP pour tuer encore et encore.

Un autre assassinat qui a soulevé l’indignation, celui de Claudia Ferreira da Silva, une femme de ménage de 38 ans qui a été renversée et trainée sur 350 mètres par une voiture de l’UPP. Ce crime a eu lieu le 16 mars 2014, soit quelques mois seulement avant la Coupe du Monde.

À tous ces crimes, on rajoute aussi les ouvriers qui ont trouvé la mort dans la construction des stades destinés à accueillir la Coupe du Monde. Des crimes pour lesquels aucune sanction n’a été donnée et que le gouvernement semble avoir déjà classés.

 

Des manifestations qui ne datent pas d’hier

Les manifestations se multiplient au Brésil depuis l’année 2013, année durant laquelle le gouvernement a choisi d’expulser les favelas des collines qui ont, selon eux, un fort potentiel touristique. Mais la police de l’UPP s’est implantée dans la favela de Santa Marta depuis décembre 2008. Depuis, elle a repoussé progressivement les habitants des favelas et a réussi à occuper la zone sud de la ville. Quant à la zone nord, ce sont la police militaire de l’État de Rio et l’armée de Terre qui ont réussi à chasser 140 000 habitants du complexe de la Maré. Cette expulsion forcée et armée s’est déroulée le 30 mars 2014 et l’opération n’a duré qu’une quinzaine de minutes donc on ne vous donne plus des détails sur les méthodes qu’ils ont menées.

Deux semaines après cette opération, soit le 12 avril 2014, une manifestation est menée par les habitants expulsés qui ont pour but d’envahir les principaux axes routiers de la ville, par lesquels les touristes devront passer pour accéder à la ville. Les manifestants ont donc investi la « Ligne Rouge », la « Ligne Jaune » et l’« Avenue Brésil ». C’est suite à cette manifestation que l’UPP a tiré sur tous ceux qui osaient sortir dans la rue et parmi les victimes, on cite les deux vieilles dames et le jeune de 20 ans.

 

Des manifestations non-entendues

Malgré le nombre de morts, le nombre de manifestations et les divers slogans que les habitants des favelas utilisent pour se faire entendre, le gouvernement reste sourd et ignore même leur voix alors que malgré leur statut social, ces habitants sont des Brésiliens, qui n’ont plus le droit sur leurs propres terres. Le dessinateur brésilien Latuff a même dessinée un tableau qui résume très bien le calvaire de ces populations torturées, su qui la police utilise de vraies balles alors que les manifestants venus acclamer le Mondial, ont, eux droit, à des balles en caoutchouc. Voyez la différence et maintenant essayez de comprendre les causes de ces inégalités que la Présidente Dilma Rousseff a affirmé résolues.

Pour les habitants des favelas, ils n’espèrent plus qu’une chose, que la police ne tue plus jamais, mais peuvent-ils vraiment s’y attendre ?

 

Des dialogues

Des dialogues ont plusieurs fois été menés pour résoudre ces manifestations, notamment lors de la manifestation étudiante contre l’augmentation des prix du transport public en juin 2013, mais à chaque fois, les responsables essayaient de trouver des solutions rapides en vue de la Coupe du Monde et non pour améliorer les conditions de vie de la population. On ne s’étonne donc plus de voir l’indignation des Brésiliens pour qui la Coupe du Monde n’est qu’une insulte de plus à leur misère. Soulignons que depuis l’année 2008, 8350 familles pauvres ont été expulsées de leurs maisons pour le bien et de la Coupe du Monde et des JO. Le gouvernement a-t-il, ne serait-ce qu’une seule fois, pensé à leur devenir ou est-il trop aveuglé par les profits générés par le Mondial pour seulement se soucier de cela ?

 

 

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