La capoeira : un art martial afro-brésilien

Publié le:11-01-2019

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(Mis à jour le: 15 mars 2019)
La capoeira : un art martial afro-brésilien
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Au cours de mon séjour dans la région Nordeste du Brésil, j’ai eu de nombreuses occasions pour assister à des démonstrations de capoeira. Tantôt c’était sur la plage tantôt dans les ruelles pavées ou sur les places des villes. A chaque fois que je voyais un attroupement, je me précipitais pour voir s’il s’agissait d’une démonstration de samba ou de capoeira. Les deux sont fascinantes, mais pour l’heure, je vais vous faire découvrir la capoeira dans toute sa splendeur.

Pour comprendre comment cet art est né et pourquoi il a adopté de tels mouvements, il faut parler de son histoire et de sa source. Globalement, il s’agit d’un art martial brésilien, mais d’origine africaine. Il est effectivement né au Brésil, mais a été inventé par les esclaves Africains qui y ont travaillé durant la colonisation.

Petit rappel de la colonisation et de l’esclavage 

Quand les colons Portugais sont arrivés sur les côtes de l’Etat de Bahia, ils ont contraints les Indiens à travailler dans leurs exploitations. Quand la majorité d’entre eux s’est rebellé, enfui ou fait tuer, les colons ont dû aller chercher de la main d’œuvre ailleurs et les côtes australes de l’Afrique étaient les terres les plus proches. Ils ont alors commencé à importer des esclaves Africains et cela a duré pendant des décennies.

L’esclavagisme au Brésil 

 

La capoeira

Les esclaves noirs travaillaient dans les plantations de canne à sucre. Leurs maîtres, étaient très sévères. Ils leur interdisaient toutes les activités physiques pouvant représenter un danger comme le sport, les combats, … Seuls étaient autorisés les danses et les rituels religieux.

Les esclaves ont toutefois trouvé le moyen de s’entraîner aux combats. Quand le soir venu, ils regagnaient leurs quartiers appelés « senzalas », ils se réunissaient pour chanter et danser. Leurs propriétaires, pensant qu’il s’agissait de simples mouvements de danse, les laissaient faire ne se doutant pas que derrière ces gestes se cachaient des mouvements de lutte.

De fil en aiguille, leurs gestuels devenaient plus précis faisant de cette forme de danse leur nouvelle arme. C’est grâce à elle que certains esclaves ont réussi à échapper au joug de leurs maîtres pour aller se cacher dans les hautes repousses d’herbes sauvages que l’on appelle « capoeira ».

Pendant longtemps, le nombre d’esclaves arrivant dans ces camps reculés et difficilement accessibles aux colons se multipliait. Ils ne pouvaient toutefois rien tenter et se cantonnaient à améliorer leurs gestes pour que le jour venu, ils puissent mieux se défendre contre l’ennemi.

La capoeira après l’abolition de l’esclavage 

Quand l’esclavage fut aboli à la fin du 19e siècle, la majorité des esclaves a préféré rester vivre au Brésil en tant qu’hommes libres au lieu de regagner leur pays d’origine. Commence alors l’africanisation du pays et surtout de l’Etat de Bahia où la population est majoritairement afro-brésilienne.

Le seul bémol c’est que liberté ne rimait pas avec richesse et face à leur extrême pauvreté, certains esclaves affranchis ont commencé à voler et piller les autres en utilisant la capoeira comme arme. Cela a donné une très mauvaise image de cet art et a poussé le gouvernement à prendre des mesures radicales : interdire la pratique de la capoeira et emprisonner les « capoeiristas » qui persistaient encore à se rebeller.

Quand la guerre du Paraguay éclata, le gouvernement brésilien y envoya les prisonniers capoeiristas pour défendre le pays en leur promettant la liberté s’ils en revenaient vivants. Leur participation au combat a contribué à la victoire du Brésil. C’est à cette époque que le chant de capoeira « Paranaê, Parana » est né, car avec cette chanson, la population voulait témoigner leur reconnaissance à ces héros de guerre.

Malgré la victoire, la pratique de la capoeira demeurait interdite au pays et les policiers de Rio ont même créé le terme « capoeiragem » en 1890 pour décrire le délit de pratique de cet art martial. A cette époque, tous ceux qui ne respectaient pas cette loi étaient emprisonnés ou envoyés aux travaux forcés.

Comme durant l’esclavagisme toutefois, les capoeiristas ont trouvé le moyen de poursuivre leur art dans la clandestinité. Cela les a poussé à utiliser des surnoms ou « apelido » pour garder leur anonymat ainsi que des instruments qu’ils pouvaient transporter facilement sans éveiller les soupçons. Quand ils réussissaient à se réunir pour danser ou s’entraîner, ils devaient rester en alerte pour pouvoir fuir si les forces de l’ordre s’approchaient. Pour que tout le monde soit averti au même moment, ils avaient pour code de jouer le toque de la cavaleria dès qu’il fallait prendre la fuite.

L’interdiction de la pratique de la capoeira ne sera levée qu’en 1937.

La libération de la capoeira

 

capoeira

Longtemps jouée dans l’anonymat, la capoeira ne recouvre sa liberté qu’en 1937 lorsque Mestre Bimba, de son vrai nom Manuel dos Reis Machado, réalise quelques prestations de la danse devant Getulio Vargas, alors président du Brésil. Impressionné par ce que pouvait être cet art, ce dernier ré-autorise sa pratique à condition que cela se fasse dans des lieux fermés.

Dès lors, Mestre Bimba décida d’ouvrir la toute première école de capoeira au Brésil et d’institutionnaliser cette forme de combat.

La capoeira de Mestre Bimba

Mestre Bimba fonde le « Centro de Cultura Fisica e Capoeira Regional ». Avant ce centre, la capoeira s’apprenait dans la rue et dans l’instant du combat. Elle n’avait pas de réelles bases et c’est ce que Mestre Bimba entendait changer dans son école. Il créa alors la « capoeira régionale » qui différait de la capoeira traditionnelle du fait que le maître a commencé à :

  • en codifier les différents mouvements dont le fameux « maculelê ». Il s’agit d’une danse inventée par les esclaves coupeurs de canne à sucre. Le mouvement reprend ceux qu’ils devaient faire avec leurs machettes pour couper les pieds de canne à sucre
  • y intégrer quelques éléments de Batuque. La batuque était une autre forme de lutte d’origine africaine que le père de Mestre Bimba avait l’habitude de pratiquer
  • y intégrer quelques mouvements empruntés à d’autres arts martiaux étrangers

Il donna alors à la capoeira de nouvelles bases et travaille même jusqu’à redorer son image. En effet, pour casser le lien entre banditisme et capoeira, il exige de ses élèves qu’ils aient un travail et un statut honnête. Sa première vague d’élèves était essentiellement composée de jeunes blancs issus de bonne famille.

En 1952, le président Getulio Vargas décrète la capoeira comme étant le « véritable sport national ».

La capoeira Angola

Voyant que la capoeira régionale s’éloignait un peu trop de la capoeira traditionnelle, un autre maître, Vicente Ferreira Pastinha dit Mestre Pastinha ouvre à son tour une autre école baptisée « Centro Esportivo de Capoeira Angola ». Il y enseigna la capoeira dans le plus pur style traditionnel qu’il appela « Capoeira Angola » étant donné que les premiers mouvements de base de la capoeira s’inspiraient des luttes angolaises.

La capoeira d’aujourd’hui

Grâce à ces deux maîtres, la capoeira a réussi à gagner ses premières lettres de noblesse et est devenue un des sports les plus pratiqués au Brésil, en parallèle avec le football, le jiu-jitsu brésilien et le volley-ball.

Aujourd’hui, elle se pratique dans tout le Brésil et a même conquis le niveau international. Que ce soit capoeira régionale ou capoeira Angola, les deux se pratiquent de la même manière. Les démonstrations de capoeira impliquent toujours :

  • une « roda » : il s’agit d’un cercle humain réalisé par les capoeiristas et au sein duquel, ils entrent deux par deux pour s’affronter sans se toucher physiquement
  • les « jogos » ou jeux : ce mot se réfère aux confrontations proprement dites
  • des « floreis » ou acrobaties
  • une musique et des chants spécifiques qui donnent le rythme aux « jogos »

Chaque démonstration fait l’effet d’une petite fête tant les capoeiristas, et ceux qui les regardent, sont animés par les chants censés donner de l’« axé » ou énergie aux danseurs/lutteurs.

Au bout de chaque semaine de formation, les nouveaux élèves ayant réussi les différents caps passent en grade par le biais du « Batizado » ou baptême. Ils reçoivent alors leur « apelido », nom sous lequel ils seront désormais appelés dans l’univers de la capoeira.

Les musiciens capoeiristas

Les musiciens sont également des capoeiristas et d’ailleurs, chaque capoeirista est formé aux musiques et aux chants de la capoeira au cours de leur formation. Tous les capoeiristas sont donc censés connaître les pas des jogos ainsi que les notes et paroles des chants.

La musique de la capoeira fait appel à des instruments spécifiques. Une roda fait, traditionnellement intervenir :

  • Trois « Berimbau »
  • Deux « Pandeiro »
  • Un « Atabaque »
  • Un « Agogo »

A ces instruments s’ajoute un dernier, le « Reco-reco », dans une roda de capoeira Angola. Mais Angola ou Régional, c’est toujoiurs celui qui tient le Berimbau gunga qui donne le ton ou rythme à la roda. Il s’agit de l’instrument qui émet le son le plus grave.

En ce qui concerne les chants, ces derniers racontent souvent l’histoire de la capoeira et indiquent quelques caractéristiques que les danseurs doivent essayer de reproduire dans leurs jeux. Cela signifie qu’à part se mouvoir et affronter son adversaire, le capoeirista doit également écouter attentivement les chants et la musique pour s’y adapter.

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