Brésil – Leçon des municipales pour l’élection présidentielle de 2010

Publié le:29-10-2008

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(Mis à jour le: 9 janvier 2019)
Brésil – Leçon des municipales pour l’élection présidentielle de 2010
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La leçon des municipales pour l’élection présidentielle de 2010 :

le charisme de Lula est intransmissible

Par Christian GALLOY, directeur de LatinReporters

Sao Paulo

 

saopaulo

La ville megalopole de Sao Paulo


RIO DE JANEIRO / MADRID, mardi 28 octobre 2008 (LatinReporters.com) – Principale leçon des élections municipales, dont le second tour a concrétisé le 26 octobre une lourde défaite du Parti des Travailleurs (PT, gauche) à Sao Paulo: l’immense charisme du président du Brésil et fondateur du PT, le socialiste modéré Luiz Inacio Lula da Silva, semble intransmissible. Son appui ne suffirait donc pas à garantir l’élection d’un président de gauche en 2010, lorsque Lula ne pourra pas, aux termes de la Constitution, briguer un 3e mandat.

 

Dans sa tentative frustrée de reconquérir la mairie de Sao Paulo, capitale économique et financière de
11 millions d’habitants (près de 20 millions avec sa région métropolitaine), la candidate du PT, Marta Suplicy, ex-maire de la ville et ex-ministre du Tourisme, avait été fougueusement appuyée par le président Lula. Le chef de l’Etat anima nombre de meetings de sa candidate, au point qu’un observateur non averti aurait pu croire que Lula ambitionnait la mairie.

Les sondages présentaient Marta Suplicy comme favorite et Lula lui prédisait une majorité absolue dès le premier tour.
Mais déjà devancée le 5 octobre lors de ce premier tour, la candidate du PT fut littéralement écrasée le 26 octobre au second, ne recueillant que 39% des suffrages contre 61% au jeune maire
sortant Gilberto Kassab, candidat du Parti Démocrate (DEM, droite libérale).

Du coup, les analystes politiques considèrent José Serra, gouverneur de l’Etat de Sao Paulo et parrain politique de Gilberto Kassab, comme l’un des plus sérieux candidats potentiels à la présidence de la République, qu’il brigua déjà en 2002 comme candidat du Parti de la Social-Démocratie Brésilienne (PSDB, centre droit), se classant alors second derrière Lula.

 

 

Pour le PT, la lourde défaite à Sao Paulo signifie l’élimination probable, dans la course à la prochaine présidence, de l’une des deux protégées du chef de l’Etat. Marta Suplicy jouait en effet dans la mégapole son ambition présidentielle. Elle devait y prouver sa capacité de vaincre pour disputer à l’actuelleministre de la Présidence, Dilma Rousseff, l’autre protégée de Lula, une prochaine désignation comme candidate officielle du PT à la présidentielle de 2010.

 


Avant les élections municipales, Lula avait déclaré publiquement qu’il désignerait lui-même son candidat, ou de préférence sa candidate, à la présidence. Mais si son charisme s’est révélé intransmissible à Marta Suplicy, il devrait sans doute l’être aussi à Dilma Rousseff, nettement moins connue que la vaincue de Sao Paulo. A dessein ou non, les succès du gouvernement et l’influence internationale grandissante du Brésil ont été associés si intimement à la personne de Lula qu’il n’en peut plus céder son auréole à d’autres.

Ce diagnostic s’est vérifié à Porto Alegre, où la candidate du PT à la mairie, Maria del Rosario Nunes, n’a recueilli
que 41% des voix contre 59% à José Fogaça, vainqueur sous la bannière du Parti Mouvement Démocratique Brésilien
(PMDB, centre). Il s’agit d’un autre coup dur pour le Parti des Travailleurs de Lula, qui géra pendant 16 ans Porto Alegre, berceau du Forum Social Mondial, le tremplin de l’altermondialisme.

A Salvador aussi, capitale emblématique de l’Etat de Bahia, le PMDB a barré la route de la mairie au PT.

Même s’il a progressé, le parti de Lula n’aura un maire que dans six des 26 capitales d’Etat. Et dire, comme certains analystes, que la plupart des grandes villes de plus de 200.000 électeurs sont
contrôlées par la majorité gouvernementale est une abstraction dans la mesure où le PMDB, premier parti brésilien et principal allié du PT présidentiel pour gérer le pays, jouait ses propres cartes au scrutin municipal. Il le fit si bien qu’il pourrait, alors qu’il s’en était abstenu en 2006, présenter un candidat à la présidentielle en 2010, par exemple le gouverneur de l’Etat
de Rio, Sergio Cabral.

Voyant bousculée sa stratégie de désignation paternaliste d’un(e) candidat(e) à sa succession à la présidence de la République, Lula sera peut-être contraint d’accepter le choix d’une personnalité n’appartenant pas au PT. Dans cette hypothèse, il n’est pas exclu qu’il appuie un candidat présidentiel jouissant d’un consensus négocié entre le PT et le PMDB.

Le chef de l’Etat a déjà expliqué que pour contrer l’opposition en 2010, il préfère un candidat unique accepté par l’ensemble des partis de la coalition gouvernementale.

N’excluant pas que ce candidat soit même une personnalité de l’actuelle opposition, des observateurs citent notamment Aecio Neves, gouverneur de l’Etat de Minas Gerais. Il vient de parrainer la victoire de son protégé Marcio Lacerda -appuyé aussi, paradoxalement, par le PT- dans la bataille pour l’importante mairie de Belo Horizonte, 3e ville du Brésil.

Populaire, Aecio Neves est un notable du PSDB, principale formation de l’opposition nationale au président Lula. Mais ayant peu de chances d’être le candidat de son propre parti à la présidentielle
de 2010, ce rôle semblant devoir être dévolu à José Serra, Aecio Neves changera-t-il d’étiquette politique, ralliant le PMDB ou le PT? Au Brésil, comme dans tous les régimes présidentiels d’Amérique latine, les transfuges sont monnaie courante et choquent peu.

 

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